Back Loop 5 (1839)

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Back Loop vous propose un voyage dans le tricot d’autrefois : rétro, vintage, quels étaient les sujets techniques ou les tendances de l’époque ? Le « Journal des demoiselles » est une référence des magazines de la fin XIXème. Allons-y voir de plus près…

Gravure en-tête

 

Le magazine

Publié de 1832 à 1922 sans interruption, ce mensuel était destiné aux filles  de 14 à 18 ans de la bonne société.

Il réserve une large place à l’histoire (voir, la « petite » histoire), la vie parisienne, la mode mais aussi les arts  (poésie, musique) et l’enseignement des langues étrangères.

Comme souvent les travaux manuels sont destinés à préparer des cadeaux ou pour des ouvrages de charité.

Chaque année, les numéros publiés étaient reliés sous forme de livre et c’est celui de 1839 que je vous propose de parcourir.

Vous remarquerez dans l’image en tête d’article la corbeille à tricot sur le devant à gauche.

 

Les modèles

Chaque numéro est accompagné d’une planche de dessins en papier fin, plié et fort fragile.  Toutes ne sont d’ailleurs pas complètes dans mon volume.

L’auteur de la partie couture/tricot se plaint sans arrêt que les dessins ne représentent pas exactement l’ouvrage : « je te préviens que le bonnet représenté sous le n°7 n’est pas très exact quant à la forme et au nombre des rangs de diamans… » .

Notez que l’orthographe de 1839 supprime le « t » des mots au pluriel ; On lit aussi « des habitans ».

 

Le point diamans

C’est un point bicolore et ajouré mais stable puisqu’il ne comporte pas de jeté.

  • Laine A

Montez un nombre de maille pair.

Rang 1 : tricoter toutes les mailles en mailles env.
Rang 2 : Glisser la première maille – *2m.ens.end*  – 1 m.end.
Rang 3 : Glisser la première maille – *1 m.env.  Prendre le brin entre les mailles suivantes avec l’aiguille droite, le poser sur l’aiguille gauche et le tricoter comme une m.env* – 1 m.env.
Rang 4 : toutes les mailles en m.end.

  • Laine B

4 rangs identiques aux rangs précédents

 

Le bonnet

On tricote (sens vertical) d’abord le corps du bonnet en montant le nombre nécessaire de mailles (fonction de la grosseur de votre fil) en montage temporaire. Tricoter un rectangle de la hauteur du tour de tête et fermer en grafting.

Pour la suite, on travaille avec 4 aiguilles mais pas en rond pour respecter la forme du point ; il faut donc retourner l’ouvrage en fin de rang.

Pour le bord, reprendre deux mailles par rayure diamans et tricoter quelques rayures pour faire un bord  à replier en deux. Fermer la bande et  retourner ce bord vers le haut et le tenir au corps du bonnet par quelques points.

Pour le fond, reprendre deux mailles par rayure diamans ; les diminutions se feront sur chaque 4ème rang en prenant deux mailles ensemble. Comptez 4 rayures.

Le point étoile

  • Laine A

Monter un nombre de mailles divisible par 3

Rang1 : m.env
Rang 2 : un jeté – 2m.ens.end. –* 1 jeté – 3 m.end. Rabattre la première sur les deux autres *- 1 jeté – 1 m.end.

  • Laine B

Rang 1 : m.env (il y a une maille de plus qu’au montage)
Rang 2 : 1 jeté – 2 m.ens . end. – 2 m.end. Rabattre la maille ens sur les deux suivantes – * 1 jeté -  3 m.end. Rabattre la première sur les deux autres *-  jusqu’au bout du rang.

  • Laine A

Reprendre comme à la rayure précédente.

 

Ce modèle étant donné pour recouvrir un manchon, je ne pense pas qu’il soit utile que je vous le décrive, il ne me semble plus trop adapté à notre vie actuelle !

Notez que cette époque ne connaît encore aucune abréviation ni * pour les explications et que tout est écrit , par exemple:

Pour une maille glissée : « Prends la première maille, ne la tricote pas. »

Pour un jeté : « Jette ta laine devant toi comme si tu voulais tricoter à l’envers ! »

 

Quelques informations de 1839

 

Pour la première fois de mes plongées dans les archives, j’ai vraiment été obligée de me transformer en détective.

Poids et mesures

Voici  par exemple les instructions : « Choisis des aiguilles en bois de 9 lignes de circonférence… Achète une once et demie de laine »

Si depuis la révolution française le système métrique est censé être obligatoire, il n’en était encore rien dans le commerce quotidien. Mais l’année 1839 est une charnière puisqu’au 1er janvier 1840 ce système décimal va devenir, pour de bon, obligatoire.

Je me souviens de discussions  sur la façon de faire des opérations arithmétiques avec les mesures américaines qu’on utilise couramment en patchwork. Eh bien, jusqu’en 1840, il en était de même en France et cette année-là a vu la parution de manuels spécifiques pour apprendre au public à faire des opérations en système décimal et à convertir lignes, aunes ou once en centimètre, mètres et grammes.

 

On lit dans le magazine : «  il faudra donc apprendre, non seulement la langue nouvelle, mais encore les rapports exacts entre les anciennes et les nouvelles mesures ; savoir combien de mètres de toile entrent dans une paire de drap ou de rideaux, combien il faut payer de mètres comparativement à l’aune…Il est peu d’ouvrages d’une plus grande utilité, et nous vous conseillons, mesdemoiselles, de les étudier avant  le 1er janvier 1840 afin des vous familiariser avec le nouveau système ».

Cet intéressant manuel historique a été numérisé à cette adresse : http://books.google.fr/books?id=7rNXAAAAYAAJ&hl=fr&pg=PR3#v=onepage&q&f=false

Résultats du détective : 1 ligne = 2,2558mm

Une aiguille de 9 lignes de circonférence est donc égale à une aiguille de 6,5 mm de diamètre.

Une once de laine équivaut pour sa part à 30,6grammes.

 

Matériel

Le magasin conseillé  est « Au Symbole de la paix » mais je n’ai trouvé aucune référence si ce n’est une adresse rue St Jacques à Paris.
Ce magazine est sans aucune publicité.

La laine préconisée est, pour le premier modèle, de la « laine de Berlin » utilisée en double et pour le second de la « laine de Saxe dix fils ». La encore, j’ai échoué quant à trouver des références sur ces laines allemandes. Peut-être l’une d’entre vous aura t-elle des informations à partager avec nous ?

Je ne peux terminer avant de vous dire que c’est aussi cette année que l’auteur d’un des articles explique à ces lectrices qu’elle a vu les premiers essais de photographie : le Daguerréotype. Après avoir décrit en détail les toilettes des personnes présentes, elle explique comment se fait l’opération  et sa conclusion  (aussi visionnaire que rétrograde) est incroyable :

« …le résultat est un tableau grand comme une feuille de notre journal ; les couleurs sont du gris et du blanc. Ainsi les monumens (sic), les objets d’art, les statues, tout ce qui est inanimé, immobile, est reproduit avec une exactitude, une finesse de tons admirables ! … Le Daguerréotype est une admirable découverte ; et qui sait, si elle ne conduira pas à rendre toutes les couleurs qui sont dans la nature ? Quand je te disais que l’homme était le roi de la création… et notre place est encore assez belle ; car nous sommes les filles, les sœurs et les mères des hommes ! »

De belles archives photos sur cette base de données : http://www.daguerreobase.org/index.php

 

 

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TivaB
TivaBLe textile, dans toutes ces définitions, voilà ce qui me plait et ce que j'adore partager. Broderie, patchwork et bien entendu tricot, je les pratique depuis longtemps et je suis fascinée par les incroyables possibilités qu'a ouvert le web pour les échanges. Les machines à coudre très anciennes m'ont amené à collectionner les magazines et documents anciens. On y trouve des pépites que je vous ferai partager.

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16 commentaires sur "Back Loop 5 (1839)"

  1. Rosa Pomar dit :

    Such an interesting post, merci :)

  2. fanfangad dit :

    merci de ce très intéressant article et félicitations pour ce blog

  3. Merci!
    C’est très intéressant de voir des documents historiques d’archives en français. Je vais essayer ces points de tricots :-)

  4. Mathilde dit :

    Merci pour cet article. Les mesures non métriques paraissent tellement loin en France, j’ignorais même qu’il existait une mesure du nom de « ligne » !
    Incroyable, la conclusion qui comprend « l’homme » comme « la gente masculine » et se place elle-même en deuxième position. On a plus facilement mis derrière nous les mesures impériales que ce genre de hiérarchies, non ?

  5. super intéressant cet article, merci beaucoup !

  6. k. dit :

    J’adore vos articles, ils sont fascinants!
    Et je trouve les points présentés très jolis, surtout avec une photo du résultat qui permet vraiment de se rendre compte du rendu. Merci!

  7. Tiphanie dit :

    Très intéressant de se replonger à cette époque !
    Merci pour l’article Détective !

  8. BoomerMoya dit :

    Infiniment merci !!! J’adore toujours ces plongées dans les vieilles parutions, mais cette fois un peu plus car ayant une formation plutôt scientifique j’ai adoré la référence vers le livre sur les nouvelles mesures!! Merci merci !!
    Céline

  9. Marianne dit :

    Merci pour cet article ! c’est un régal et un dépaysement total !

  10. Marion,au4ème dit :

    quel plaisir de lire ce nouvel article avec plongée dans l’histoire ! on m’avait offert un ouvrage de ce type, anglais, mais je l’ai malheureusement oublié chez mon hôte. Il comprenait aussi des modèles réels (= en fils). Je le regrette… Merci beaucoup pour tes articles. Belle suite à toi et vivement le prochain !

  11. Wali dit :

    Très intéressant ! J’ai beaucoup aimé l’article. Le passage au système métrique me rappelle le passage à l’euro, lol ! La conclusion est déconcertante. On préparait les jeunes filles à leur futur rôle d’épouse…

  12. Olympienne dit :

    Merci pour cet intéressant article.

    Quelques éléments sur la « laine de Saxe ».

    Au XIXe siècle, les fils, à tricoter ou à broder, ne portaient pas de nom de marque commerciale. Les produits n’étaient pas complètement standardisés, mais, même si les magasins d’ouvrages pour dames se fournissaient auprès de filatures différentes, les clientes (qui sont les lectrices de ce journal) pouvaient identifier le type de fil à acheter grâce à deux informations :
    - le type de fibre composant le fil
    - le nombre de brins retordus.
    La combinaison de ces deux informations donnait une indication générale sur l’épaisseur du fil, sa douceur, son tombé, etc.
    La « laine de Saxe » est le nom générique du fil obtenu à partir de la toison des moutons de la race mérinos de Saxe. L’élevage de cette race ayant été fortement encouragé au XVIIIe siècle par le Prince Electeur de Saxe, on trouve parfois dans les publications techniques et commerciales du XIXe siècle l’appellation – un peu comique – de « laine électorale ».

    Quant à la « laine de Berlin », c’est un produit de l’industrie prussienne. Il s’agit d’un fil de laine à broder, réputé pour ses couleurs, car la Prusse est l’une des régions où l’industrie de la teinture s’est fortement développée au XVIIIe siècle (le « bleu de Prusse » a été découvert dans ce cadre).

  13. TivaB TivaB dit :

    Un très grand merci pour vos explications éclairées et éclairantes!
    Et puis, la laine électorale, il aurait été dommage de passer à côté à une époque où les politiques ne songent qu’à nous tondre la laine sur le dos :) )

  14. tricopine dit :

    J’ajoute que la « laine de Berlin » ressemblait à la laine Zephir. Très fin et laquelle a été fabriqué avec de la Kammgarn. Je remercie deux raveleuse du group « Yarn Over Berlin » qui m’ont aidé dans mes recherches.

  15. [...] Voyage dans le tricot d’autrefois 1839 Peut-être l’aurez-vous déjà remarqué dans la page de liens ci-contre, Les Petites Mains ne peuvent que soutenir un concept comme Golden Hook , qui lie mode, tradition d’un savoir faire de qualité et relation intergénérationnelle. Ce site, lancé il y a deux ans par Jérémy Emsellem, propose en effet de faire tricoter vos bonnets et écharpes par des grands-mères. Pour ceux qui veulent se lancer eux-mêmes dans le tricotage, les grands-mères de Golden Hook donnent des cours particuliers jusqu’au 23 octobre au BHV Rivoli à Paris. Mais Les Petites Mains , c’est à la fois la tête et les mains ! Aussi, pour vous cultiver en tricotant – ou tricoter en vous cultivant, voici une Petite Histoire du Tricot en plusieurs épisodes. Histoire du tricot (1) – les origines corbeille tricot soldats 1915 Travaillons pour nos soldats, mais travaillons bien et travaillons patiquement Suivent une série de conseils dont je vous donne quelques extraits : (ils sont écrit en bleu, si je donne un avis il sera écrit en noir) Plus la guerre avance plus il faut travailler pour les combattants et les réfugiés… Les deux grands principes d'un bon travail : 1e, adapter toujours les travaux à l'usage qu'on leur destine et 2e, assurer, au prix d'un temps plus long et du soin des détails qui semblent parfois insignifiants, la parfaite exécution des objets destinés aux combattants. (Ce qui est toujours parfaitement valable) Pour y parvenir plus facilement, passons en revue les différents objets qui nous semblent composer l'équipement idéal du combattant au point de vue lainages. Voyage dans le tricot d’autrefois 1937 Voyage dans le tricot d’autrefois 1928 B ack Loop vous propose un voyage dans le tricot d’autrefois : rétro, vintage, quels étaient les sujets techniques ou les tendances de l’époque ? Pour ce premier article, TivaB vous propose une présentation du magazine « Mon Ouvrage », datant de 1928. La lecture des vieux magazines est pleine de découvertes et de surprises que je veux vous faire partager. Mais qu'ils sont bizarres ces humains ! Au fil de l'évolution et contrairement aux autres mammifères ils ont perdu leur pelage, leurs civilisations n'ont jamais su quoi inventer pour s'épiler et se raser, mais ils n'ont eu de cesse de s'approprier les poils d'autres espèces ! Vous trouvez ça logique, vous ? Représentatif de la supériorité des hommes sur les animaux ? Alors non seulement, ils leur piquent leurs peaux pour s'envelopper dans des fourrures, mais en plus, il leur arrachent les poils ou les tondent pour filer ce butin, puis le tisser ou le tricoter. Heureusement, ils n'ont pas encore pensé au chat… Les Fils Hier, j’ai commencé à vous raconter la petite histoire de la laine . Le suspens a assez duré et il est temps, comme promis, que je vous parle des 4 dernières étapes de la transformation de la laine. Le défeutrage A la sortie de la carde, les fibres qui composent le ruban de laine ne sont pas parfaitement alignée. En plus, certaines fibres sont encore carrément emmêlées : elles feutrent. Il est donc temps de leur faire un petit « brushing » ! Du mouton à la pelote de laine (2/2) Du mouton à la pelote de laine (1/2) Depuis le temps que je tricote, j’avoue que je ne m’étais jamais vraiment demandée comment à partir du mouton on arrivait à nos jolies pelotes bien rangées dans les rayonnages de notre fournisseur préféré. J’avais bien une vague idée du procédé mais rien de vraiment très concret non plus. J’ai fait quelques recherches sur le Net pour ma culture personnelle et je me suis dit que ça pourrait aussi vous intéresser. Voilà pourquoi je vais vous raconter l’histoire de la transformation de la laine, une histoire en deux parties. Aujourd’hui, je vous présente les 4 premières étapes de la transformation. Je vous garde les 4 dernières pour plus tard ! Sommaire de la page : 1) Introduction 2) Les laines des différents moutons 3) Soins et sélection des bêtes 4) La tonte : on obtient de la laine brute 5) La transformation de la laine brute : LAINE DE MOUTON – tetenlaine Où, quand, comment, pourquoi ? [...]

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