Entretien avec Annette

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Comme les autres créatrices, Annette a vraiment à cœur de sortir le crochet de son image vieillotte, aussi elle invente pour notre plus grand bonheur des vêtements et des accessoires aux points détournés, aux laines étonnantes et aux couleurs gourmandes. Et, en plus d’être créatrice, elle fédère autour d’elle un grand nombre de créateurs et créatrices sur son site où elle propose plus de cinquante modèles tous plus attrayants les uns que les autres.

Bonjour Annette. Depuis quand crochètes-tu et qui t’a appris à crocheter ? As-tu appris à tricoter en même temps ?Je pense que c’est ma maman qui m’a appris à crocheter et à tricoter, probablement à peu près au même moment. Je ne me rappelle pas exactement, et elle non plus. Je pense que j’avais à peu près 6 ans.

As-tu toujours crocheté ou as-tu abandonné le crochet pendant de nombreuses années comme beaucoup de crocheteuses ?

J’ai beaucoup crocheté des napperons et des choses dans ce genre quand j’étais ado. Après, j’ai fait une looooooongue pause (pendant laquelle je tricotais de façon relativement régulière, mais pas très intense) jusqu’il y a 10 ans environ. Et depuis, bien sûr, je suis obsédée!

Pourquoi préfères-tu la technique du crochet au tricot ?

Je pense que j’ai plus de choses à apporter au crochet. Il y a tellement de choses déjà faites au tricot, et je pense qu’il reste tant à faire au crochet, que ce soit en termes de modèles ou en termes de développements techniques. Aussi, je pense avoir une compréhension plus « profonde » du crochet que du tricot. C’est une technique qui me parle vraiment, sur le plan technique et sur le plan créatif.

Depuis quand crées-tu tes modèles ?

Environ 10 ans pour moi et mes enfants, environ 7 ans pour un public plus large.

Quelles sortes de créations réalises-tu ? Des accessoires, des vêtements ?

Au départ, ce qui a vraiment fait le déclic pour moi, était la possibilité d’utiliser le crochet dans des vêtements (un domaine où cette technique reste largement sous-exploitée). J’aime beaucoup le défi conceptuel d’adapter des points de crochet et leur caractère géométrique au corps humain, qui n’est pas géometrique du tout. Mais j’aime beaucoup le côté « page blanche » des accessoires. Les formes sont moins complexes, et du coup on peut vraiment s’éclater au niveau des points. Et il faut bien se rendre à l’évidence: du point de vue « business », les fiches d’accessoires se vendent beaucoup, beaucoup mieux que les fiches de vêtements.

Quelles sont tes sources d’inspiration ? Est-ce la laine au départ, ou une idée de point, ou autre chose… ?

C’est très varié. En ce moment, je travaille de plus en plus sur des idées de formes que j’ai envie de transcrire en points crochetés. C’est un travail assez long, mais très satisfaisant. Parfois, le point de départ est une technique que j’ai vu appliquée par exemple au tricot. Ensuite, je cherche une façon d’utiliser le même concept au crochet. Cela demande en général pas mal d’adaptations si on veut que ce soit réussi. Parfois, c’est simplement un point que je vois quelque part (j’ai une bibliothèque assez conséquente de dictionnaires de points…), que je teste dans différentes matières et que j’adapte à mon goût. C’est assez fascinant de voir ce qu’on peut obtenir à partir d’un point existant, avec des variations finalement assez simples.

C’est vrai que pour moi, c’est rarement le fil qui vient en premier. J’adore travailler les belles matières, mais en général, c’est d’abord l’idée – et ensuite j’essaie de trouver la matière qui va exprimer l’idée au mieux.

Comment naissent tes créations ? Prends-tu des notes quand les idées te viennent ?

Parfois j’ai un point de départ, comme les « mood boards » des magazines et des maisons d’édition. Là, c’est assez structuré, je fais un dossier que je remplis de photos, de dessins, parfois de textes…Mais quand l’inspiration frappe de façon moins attendue, c’est un peu moins bien organisé. J’attrape un papier quelconque, je fais un dessin approximatif et je note à côté ce qu’il faut pour que je me rappelle de ce que j’avais pensé. Après, le challenge est de collecter ces dessins vite faits dans un endroit pas trop bien rangé (sinon j’oublie), mais pas en vrac sur le plan de travail de la cuisine non plus…

Où peut-on trouver tes créations ? (livres, magazines, site, Ravelry ,…)

On en trouve beaucoup sur mon site, www.annettepetavy.com. Sur Ravelry, j’ai des fiches en anglais, mais c’est beaucoup moins complet. Je collabore assez régulièrement avec le magazine américain Interweave Crochet. C’est avec ce magazine que j’ai commencé à publier des modèles. Je participe aussi de temps en temps avec des modèles dans des livres d’Interweave, le dernier en date étant « Unexpected Afghans » qui est sorti cet été (mais il y en a d’autres à venir!). J’ai travaillé avec le magazine britannique Inside Crochetaussi. C’était assez compliqué avec les anciens propriétaires, et du coup j’ai arrêté. Là, le magazine a changé de mains, et je tente ma chance de nouveau avec une série d’articles.

Quelles sont tes laines préférées ?

Celles que je vends ;) ! Mais sinon, bien sûr, toutes les belles matières! Je trouve que ça vaut le coup de travailler avec un fil de belle qualité. Cela sublime le savoir-faire de la crocheteuse.

Quelles sont les créatrices que tu admires particulièrement ?

Il y en a plein – et beaucoup sont des créatrices de tricot! J’ai un très grand faible pour Cat Bordhi et sa recherche inlassable de nouveaux concepts et de méthodes innovantes. Au crochet, j’aime beaucoup Kathy Merrick, la créatrice du Babette’s Blanket, qui fait un travail admirable sur les couleurs. Plus près de chez nous, je suis sincèrement époustouflée par les modèles d’EclatDuSoleil(Hélène Marcy), dont j’ai la chance de vendre les explications. En plus, c’est une fille super chouette.

Quels sont tes projets en ce moment ?

Ces derniers années, j’ai passé beaucoup de temps à développer différents aspects de mon activité. C’est passionnant, mais du coup j’ai consacré beaucoup moins de temps à mes propres créations et à développer et appliquer mes idées sur le crochet. Mon projet prioritaire actuel est de dégager du temps dans mon travail quotidien pour faire justement cela – sans pour autant laisser de côté le reste!

Tu proposes un podcast autour du crochet. Comment t’est venue cette idée, comment prépares-tu ces podcasts, quels sujets abordes-tu,… ?

Je suis une grande consommatrice de podcasts, et c’était une façon de… « pay it forward », comment exprimer cela en français? On m’a beaucoup donné, donc j’ai envie d’en donner aussi à d’autres.

Il y avait eu un excellent podcast sur les arts du fil en français, Pastagalaine, mais il n’était plus produit. Donc, il y avait un vide à remplir.

En plus, j’avoue que c’était un peu un défi technique. Il fallait trouver comment faire cela techniquement: enregistrer, retravailler l’audio, publier… J’ai beaucoup appris, et je continue à beaucoup apprendre, même si j’essaie de faire les choses le plus simplement possible.
Je prépare le podcast par écrit, après un premier épisode où j’ai essayé de parler « naturellement », et où j’ai trouvé le résultat assez calamiteux. Le premier sujet du podcast est toujours le contenu de mon bulletin d’information du mois. Ensuite je parle des publications dans la boutique, de mes encours, et d’un peu de tout: des bouquins intéressants que j’ai lus, des choses sympas que j’ai faites, des idées plus ou moins farfelues qui n’ont parfois rien à voir avec le crochet ou le tricot…

Tu habites en France mais tu es suédoise, le tricot et le crochet sont-ils plus présents dans les pays nordiques qu’en France ?

Réponse courte: oui! Dans les pays nordiques, il n’y a pas eu de génération « perdue », comme en France. On a su concilier féminisme et la sauvegarde des savoir-faire traditionnellement féminins.
Le « fait main » est une très grande valeur dans les pays nordiques. Si quelqu’un vous fabrique un vêtement ou un objet avec ses mains, son temps et son savoir-faire, cela donne une très grande valeur à ce qui est produit.
Pendant mon enfance et mon adolescence, j’ai rarement vu ma maman, mes grands-mères ou mes tantes les bras croisés. Chacune avait sa spécialité. Ma grand-mère paternelle était une crocheteuse hors-pair – j’ai quelques pièces de sa main, et elles sont incroyables. Ma grand-mère maternelle faisait de la broderie. J’ai deux tantes qui font de la couture, et une qui tisse et tricote. Ma maman est une touche-à-tout, mais elle avait toujours un ouvrage dans les mains quand on regardait la télé le soir. C’était quelque chose de très naturel de faire des choses avec ses mains. Aujourd’hui, mon frère aussi tricote et fait du point de croix!

Tu animes un café crochet, parle-nous de ces rencontres.

Je ne me vois pas du tout comme animatrice, les copines se chargent très bien de l’animation! Actuellement, je fréquente surtout « l’apéro tricot » un jeudi soir par mois à Lyon. Je gère les invitations par e-mail, mais c’est Olivia (pseudo monsouk sur Internet, son blog est top!) qui réserve la soirée auprès du restaurant où on se retrouve. Malgré le nom, il y a beaucoup de crocheteuses à l’apéro « tricot ». Dire qu’on est très productives serait une exagération, surtout que « l’apéro » peut se terminer très tard le soir, voire tôt le matin…
Les personnes à l’origine de ses rencontres se sont connues à travers Ravelry. Pour moi, c’est la vraie, grande et belle surprise de la combinaison crochet + Internet – les rencontres que j’ai pu faire grâce à cela et la grande qualité des relations que j’ai pu tisser.

Dans la série « interview de designers » retrouvez notre précédente rencontre avec Lillicroche.

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Cathe
CatheComme beaucoup d’entre vous, c’est ma grand-mère qui m’a appris à broder, tricoter et crocheter quand j’étais petite et j’ai toujours eu un ouvrage en cours. Depuis quelques années, et grâce à Internet qui permet de merveilleux échanges et l’accès à de superbes laines, j’ai repris avec enthousiasme mes aiguilles et mon crochet. Le crochet est vraiment ma technique préférée et grâce à Ravelry j’ai découvert une multitude de modèles plus beaux les uns que les autres. J’en ai réalisé un certain nombre. Maintenant j’ai des idées de créations, toujours autour du crochet que je souhaite sortir de son image démodée et auquel je veux donner une image attrayante et moderne. J’anime une fois par mois un café-tricot-crochet dans une boutique de la banlieue parisienne.

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6 commentaires sur "Entretien avec Annette"

  1. Muriel dit :

    Un bien bel article qui reflète bien la générosité, la curiosité et la créativité d’Annette.

  2. BoomerMoya dit :

    J’aime beaucoup ces interviews de créatrice, c’est sympa d’en savoir un peu plus sur leur démarche créative !
    Merci encore une fois les filles de In The loop pour votre travail !!

  3. olivia_via dit :

    Merci pour cet article et bravo Annette !!

  4. [...] Une interview avec moi dans l’excellent webzine francophone In the Loop. [...]

  5. emilie dit :

    Anette est vraiment quelqu’un d’adorable et passionnée par son métier. Cet article reflète bien cela: bravo!

  6. b.pascaline dit :

    merci pour l’article.
    merci ANNETTE.

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