Entretien avec Eclatdusoleil

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La mode est aux accessoires : écharpes, bonnets, châles que l’on multiplie et que l’on assortit à toutes ses tenues. Eclatdusoleil s’est fait une spécialité des châles. Cette Toulousaine crée des modèles élégants, certains classiques, d’autres plus modernes, aux finitions toujours très élaborées et qui peuvent être déclinés à l’infini avec toutes sortes de fils.

 

Bonjour Eclatdusoleil. Depuis quand crochètes-tu et qui t’a appris à crocheter ? As-tu appris à tricoter en même temps ?Je crochète depuis mon adolescence, donc environ…40 ans déjà.

J’ai d’abord appris le tricot. Après quelques essais infructueux avec ma mère, qui avaient du préparer le terrain cependant, j’ai eu le « déclic » avec ma marraine. Je devais avoir à peu près 8 ans.

Le crochet, je m’y suis mise toute seule, avec les leçons des revues qui paraissaient à l’époque (Phildar de mémoire) et un livre de poche sur le crochet, que j’ai toujours dans ma bibliothèque. J’ai commencé par habiller mes poupées.

 

As-tu toujours crocheté ou as-tu abandonné le crochet pendant de nombreuses années comme beaucoup de crocheteuses ?

Je n’ai jamais complètement abandonné, mais il est vrai qu’après une période assez intensive de tricot et crochet jusqu’à ce que je commence à travailler (je crochetais ou tricotais même pendant les cours, ce qui ne plaisait pas toujours aux profs, mais j’ai su leur démontrer que ça me permettait d’être plus attentive pour qu’on me fiche la paix).

Adolescente, je crochetais des châles pour les clientes des boutiques de laine de ma ville, pour me payer mes propres fils. J’avais toujours une pelote sous le bras et un crochet dans les mains.

Après, investissement professionnel oblige, j’ai réalisé un peu moins d’ouvrages, sans jamais arrêter tout à fait : ça me détend, et j’aime fabriquer des choses concrètes.

Et quand les premiers blogs textiles ont commencé à fleurir sur la toile, j’ai recommencé à fond, dopée par toutes les nouvelles techniques que je découvrais sur les blogs et sites, essentiellement américains dans les débuts. Et aussi parce-que j’étais plus stressée professionnellement et que j’avais vraiment besoin d’un dérivatif !

 

Pourquoi préfères-tu la technique du crochet au tricot ?

Je ne peux pas dire que je préfère une technique à l’autre, en réalité, j’ai toujours deux en cours en parallèle, un au tricot, un au crochet.

Mais, en particulier pour faire de la dentelle, je suis plus à l’aise au crochet qu’au tricot… et j’ai créé mes premiers modèles de châles parce que ça m’énervait de ne pas parvenir à tricoter les merveilles que je voyais sur la toile (expliquées en anglais qui plus est, ce qui ne facilitait pas les choses).

 

Depuis quand crées-tu tes modèles ?

Pour ce que je porte, j’ai quasiment toujours créé moi-même.

Mon premier ouvrage au crochet, adolescente donc, était un débardeur rayé rouge et blanc. Pas super bien fini, mais entièrement créé par mes soins. Je dessinais aussi mes pulls et mes cardigans au tricot. En fait, je crois que j’avais un peu de mal à suivre les modèles des autres, donc j’aimais autant faire mes calculs moi-même. Et puis j’étais trop fière d’avoir des vêtements 100 % originaux.

La création de fiches explicatives est nettement plus récente, et toute la trace peut se voir sur Ravelry ou sur mon blog. J’ai commencé par offrir les explications de petits modèles que je faisais pour m’amuser (des amigurumis, des fleurs, et même un châle qui est encore régulièrement réalisé par des crocheteuses du monde entier bien que je ne l’aie pas traduit). quand j’ai fait la découverte des blogs, je trouvais ça trop bien de pouvoir partager avec toutes celles que ça intéressait, comme j’étais ravie de trouver des ressources de plus en plus abondantes sur le web.

La première fiche de châle payante a été Céleste, en 2008. Un châle imaginé et réalisé en un week-end, avec des pelotes qui traînaient au fond d’un carton (un cardigan non terminé que j’ai détricoté), sur un coup de rage après plusieurs essais infructueux de châle au tricot (Kiri entre autres, mais aussi le superbe Swallowtail d’Evelyn A.Clark ). Peu de temps auparavant, j’étais entrée en contact avec Annette Petavy , qui cherchait à l’époque des crocheteuses pour réaliser les prototypes des modèles qu’elle créait. Elle avait ouvert sa boutique en ligne quelques mois auparavant si je me souviens bien, et j’ai eu l’idée de lui envoyer des photos de mon châle, en lui demandant si la fiche l’intéressait pour sa boutique. Elle m’a dit que mes coups de rage n’étaient pas mal, et que ça valait la peine d’essayer. Depuis, on ne s’est plus quittées, et c’est elle qui relit, traduit et diffuse tous mes modèles.

 

Quelles sortes de créations réalises-tu ? Des accessoires, des vêtements ?

Surtout des accessoires, et particulièrement des châles et des sacs. D’abord parce que j’adore les porter moi-même et qu’ils font toujours plaisir quand je les offre. Ensuite parce que c’est le type d’accessoire pour lequel on peut vraiment laisser libre cours à sa fantaisie, presque tout est permis. Enfin parce que je suis une grosse fainéante (ma vie professionnelle me prend aussi beaucoup de temps, il faut l’admettre), et que les accessoires c’est plus rapide à prototyper et à expliquer : une seule taille suffit, et on est sûre que ça ira à tout le monde :-)

Ah, oui, j’adore aussi faire des mitaines : en une soirée, on peut s’en faire une paire, épatant quand on court après le temps !

 

Quelles sont tes sources d’inspiration ? Est-ce la laine au départ, ou une idée de point, ou autre chose… ?

Je suis assez boulimique de tout, et beaucoup de choses peuvent m’inspirer.

Parfois un modèle tricoté que j’ai envie de transposer au crochet : c’est le cas de ma dernière fiche parue, La vie en rayures, directement inspirée du Cladonia de Kirsten Kapur. Souvent les bibles de points, que j’adore compulser. J’ai une prédilection pour les livres japonais, mais aussi pour les ouvrages anciens : beaucoup de mes modèles adaptent ou recyclent des bordures anciennes que nos ancêtres utilisaient pour embellir leur linge de maison, mais qui sont assez nobles pour sortir sur nos épaules. Je grappille ici ou là, dans des livres, des revues, sur le web, je collectionne, et à un moment donné, le déclic se produit.

L’architecture m’inspire pour les motifs et les structures. Par exemple les chapiteaux des cloîtres, ou des frises des monuments antiques, que je fais photographier tout exprès par mon homme – qui est Italien, donc on va souvent en Italie – pour ajouter à mon stock d’inspiration.

Pour la couleur, ce sont les peintres. Je vais dans les musées depuis que je suis toute petite, et je en m’en lasse pas. A Rome, j’ai été éblouie par le travail de Michel Ange à la Chapelle Sixtine : il a inventé le « color-block » avant tout le monde, et ses mélanges de couleur sont de toute beauté. Récemment, j’ai découvert Joseph Albers, un peintre du Bauhaus allemand, qui a produit un énorme travail sur la couleur. Je suis allée à Beaubourg voir une exposition de ses croquis et esquisses, j’ai acheté des livres, j’ai fouillé les entrailles du web pour rassembler tout ce que je pouvais trouver sur son travail. Je suis loin d’avoir exploité mes trouvailles, j’en ai sûrement pour le reste de ma vie et plus encore, mais ça n’a pas d’importance : tout ça percole lentement, et me nourrit au fil du temps (j’en parle ici dans mon blog)

Les possibilités de création avec le fil sont presque infinies, et c’est ce qui est passionnant : on peut toujours apprendre et inventer du neuf, y compris en ré-assemblant des choses anciennes. J’aime ce côté artisanal, et le fait de perpétuer, en les agençant à ma manière, des savoir-faire accumulés par d’autres femmes et hommes au fil des siècles. Écrire des fiches, c’est aussi participer à cette transmission, pour que d’autres à leur tour, demain ou plus tard, puissent réutiliser mes idées pour inventer les leur. Je suis d’ailleurs souvent admirative devant les projets réalisés à partir de mes fiches : le choix des fils, les assemblages de couleurs, les altérations du modèle initial me ravissent, m’ouvrent de nouvelles perspectives, et en quelque sorte approfondissent l’exploration que j’ai commencée en développant mon modèle.

 

Comment naissent tes créations ? Prends-tu des notes quand les idées te viennent ?

J’ai toujours un carnet dans mon sac, et plusieurs à la maison. Les vitrines des boutiques et ce que portent les femmes dans la rue me donnent souvent des idées. Donc je griffonne des silhouettes, je note des détails qui m’ont plu. Parfois, je fais même une photo avec mon téléphone. Depuis peu, j’ai une tablette, et là, c’est formidable : dans la même application, je peux faire mes gribouillis avec le doigt (je dessine très mal, mais ça suffit pour fixer la mémoire des idées), écrire mes commentaires, et coller des photos de modèles de points ou de mes échantillons. Quand je n’ai pas assez de temps pour tricoter ou crocheter, j’arrive quand même à remplir mes carnets, ça comble la frustration de manquer de temps pour tout faire, et les idées sont là pour le jour où…

Et puis, chaque soir pour m’endormir, faire la coupure avec les préoccupations du jour, je réfléchis à la manière dont je pourrais réaliser telle ou telle idée. Comment construire telle forme pour que ça tombe bien ? Quel assemblage de couleurs serait joli avec ? Quel fil utiliser ? Quoi faire avec ce fil splendide acheté juste pour sa couleur ? En fait, tous mes « temps morts », je les consacre à la création (en savoir plus sur le sujet ici dans mon blog )

 

Où peut-on trouver tes créations ? (livres, magazines, site, Ravelry ,…)

Tout est distribué par Annette Petavy, et référencé dans Ravelry.

Quand j’aurai un peu plus de temps, il y aura peut-être un livre, mais, comme pour le moment personne ne m’a sollicitée, il n’y a pas le feu au lac !

 

Quelles sont tes laines préférées ?

Les fibres naturelles, forcément, que l’on retrouve aujourd’hui avec bonheur. J’ai une prédilection pour les fils à chaussettes ou d’épaisseur équivalente, qui se prêtent bien à la fabrication de châles, au crochet comme au tricot, et les fils dentelle pas trop fins. Côté matières, le mérinos, un bon classique, doux à la peau, bien élastique, chaud, facile à entretenir, et qui se comporte très bien au blocage. La soie, pour sa douceur et le chatoiement incomparable qu’elle donne aux couleurs. Et le mohair, pour sa légèreté et son mousseux, qui permet de réaliser des châles bien chauds qui ne pèsent pas plus qu’une plume. C’est encore mieux quand il est mélangé à un fil de soie. Côté marques, de plus en plus se mettent ou se remettent à fabriquer de beaux fils. Je voudrais cependant décerner une mention particulière à Fonty, qui propose une gamme de fibres naturelles assez étendue à des prix très raisonnables, qui a une belle démarche environnementale, et qui s’intéresse à l’ensemble de la filière lainière. Et pour rester dans les marques françaises (un peu de chauvinisme de temps en temps ne peut pas faire de mal, en ces temps de crise, il faut valoriser notre patrimoine), depuis mon adolescence, je travaille des fils Anny Blatt , qui sont toujours d’excellente qualité. Ce qui manque dans les marques françaises, se sont de beaux fils « multi-couleurs », comme la Mini-Mochi de Crystal Palace, mais nous avons des artisanes, comme Claudine de Fibres d’art, qui peint la laine avec talent.

 

Quelles sont les créatrices que tu admires particulièrement ?

Des créateurs : Jared Flood, Stephen West , parce que j’aime intrinsèquement ce qu’ils font, mais aussi parce que ça fait la nique à l’image de la mémé tricoteuse :-)

Chez les filles (quand même!!), j’aime les châles de Susanna IC , tous à tomber par terre. Pratiquement tout ce que fait Veera Välimäki, la structure de ses modèles et les couleurs qu’elle travaille, ses assemblages sont très beaux. Les créations romantiques de Kim Hargreaves, dont je feuillette régulièrement les livres avec admiration.

Et bien sûr, notre mère à toutes, celle dont nous n’avons pas fini d’explorer l’héritage, Elizabeth Zimmermann, reine de la construction. Et Mary Konior, seule crocheteuse de la bande, mais dont le livre Crochet lace  ne quitte pas ma table de chevet.

J’en oublie forcément, en fait je regarde et admire beaucoup de créatrices, il y a un réel renouveau ces dernières années, et ce foisonnement, s’il donne parfois le tournis, est globalement très réjouissant : chacune peut trouver des modèles qui lui plaisent.

 

Quels sont tes projets en ce moment ?

Bientôt une shawlette… au tricot ! Parce que depuis mes premières rages, comme je suis têtue, j’ai persévéré, et maintenant je maîtrise suffisamment la technique pour proposer mes créations… même si c’est difficile d’émerger parmi toutes les merveilles qui existent déjà, mais bon, pourquoi renoncer à se faire plaisir ?

 

Sinon, il y a au moins trois châles au crochet qui attendent sagement dans une boite que je me décide à les mettre en fiche, et trois petites écharpes en dentelle aussi.

Et sur mon crochet, un alpaga dentelle rouge que j’adore, mais avec lequel je me bats depuis bientôt deux mois, sans arriver à trouver ce qui lui rendra justice. Eh oui, parfois, la matière résiste. Alors j’échantillonne, parfois je commence même le prototype, persuadée que j’ai trouvé… et je remets en pelote. Mais ça ne me décourage pas pour autant : le plaisir est aussi dans la recherche. Du moment que j’ai du fil et un crochet ou des aiguilles entre les mains, tout va bien, et je n’ai pas l’impression de perdre mon temps.

 

Récemment tu t’es lancée dans la teinture, parle-nous de cette expérience…

Ah, faire ses couleurs, c’est du bonheur à l’état pur ! D’ailleurs, ma shawlette tricotée est réalisée avec un fil teint par mes soins, qui est presque exactement le rouge de mes rêves. Et j’ai participé à un swap de teinture organisé via Ravelry, je montrerai bientôt ce que j’ai fait avec mes échevettes. Je referai des expériences, c’est certain, car les premiers résultats ont été assez concluants. Mais j’ai trois problèmes : d’abord, un petit appartement où je ne peux pas stocker beaucoup de matériel. Alors les casseroles spéciales teinture, ce n’est pas pour moi actuellement, j’en reste à la teinture alimentaire que je peux faire dans la marmite des pâtes. Ensuite, je suis bien incapable de reproduire deux fois exactement la même nuance. Ce n’est pas trop grave : il suffit de teindre en une seule fois tout ce dont j’ai besoin pour un ouvrage donné. Mais c’est la marque de l’amateurisme le plus total. Enfin, un problème que nous connaissons toutes, pour peu que nous soyons passionnées de quelque(s) chose(s) : savez-vous comment caser 48 heures dans une journée ? (je suis prête à offrir une jolie collection de châles à celle qui me livrera le secret).

 

Tu fais toujours de très belles photos de tes réalisations, quels sont tes conseils pour réussir à photographier les ouvrages ?

Il faudrait les demander à mon homme, qui est mon photographe attitré. La photo est sa passion personnelle (il a 2 blogs dédiés, un pour chacun de ses appareils : http://eos-5d-markii.blogspot.fr/ et http://k10dpentax.blogspot.fr/), donc on se complète bien. Quelques secrets de polichinelle : du bon matériel, boîtier et objectifs (je ne veux même pas savoir combien coûte le matériel de mon homme, c’est bien pire que mon stock de laine, et pourtant !), la lumière… et les leçons qu’on tire de toutes les photos qu’on a ratées. Comme je fréquente des photographes depuis longtemps, que j’ai parfois servi d’assistante à certains, je sais à peu près quelle lumière conviendra, surtout lorsqu’on prend les photos dans ma ville rose (Toulouse), que j’aime et connais assez bien depuis le temps que j’en arpente les rues et les jardins. Si j’avais un seul conseil à donner : toujours faire ses photos en lumière naturelle, et éviter le trop grand soleil. Les photos que nous prenons parfois en Italie (je ne résiste pas à la beauté des décors, donc quand je termine un prototype pendant les vacances, on en profite) sont au final souvent moins réussies : la lumière est trop violente, et elle écrase les détails.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la série « interview de designers crochet » retrouvez notre précédente rencontre avec Annette.

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Cathe
CatheComme beaucoup d’entre vous, c’est ma grand-mère qui m’a appris à broder, tricoter et crocheter quand j’étais petite et j’ai toujours eu un ouvrage en cours. Depuis quelques années, et grâce à Internet qui permet de merveilleux échanges et l’accès à de superbes laines, j’ai repris avec enthousiasme mes aiguilles et mon crochet. Le crochet est vraiment ma technique préférée et grâce à Ravelry j’ai découvert une multitude de modèles plus beaux les uns que les autres. J’en ai réalisé un certain nombre. Maintenant j’ai des idées de créations, toujours autour du crochet que je souhaite sortir de son image démodée et auquel je veux donner une image attrayante et moderne. J’anime une fois par mois un café-tricot-crochet dans une boutique de la banlieue parisienne.

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4 commentaires sur "Entretien avec Eclatdusoleil"

  1. Florence dit :

    Bien qu’en général je préfère le tricot, J’aime beaucoup ses créations au crochet qui ne font ni « mémé », ni « années 70″ et qui, surtout, n’ont pas l’aspect épais que peuvent avoir la plupart des modèles.

  2. claitte dit :

    J’aime aussi beaucoup les créations d’Eclatdusoleil, découverte il y a peu… Avec Annette Petavy, elle me réconcilie avec l’image rétro-vieillot qui colle encore beaucoup au crochet. Merci pour cet entretien.

  3. olivia_via dit :

    Après Annette, Hélène : bravo, les copines !! Et ce qu’Hélène oublie de dire c’est que ses modèles non seulement beaux et inventifs, mais aussi remarquablement clairs et bien expliqués : pas à pas avec des photos, texte ET schémas, c’est juste parfait quand on débute.

  4. [...] Cette fois-ci, c’est au tour d’Hélène d’être interviewée dans In the Loop. [...]

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