La créativité est ma mère

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Dans la rubrique “De fil/le en aiguille”, des passionnés des loisirs créatifs vous racontent leur parcours de vie sur le sujet. Aujourd’hui c’est au tour d’Elise, co-fondatrice du webzine de vous raconter son rapport particulier avec l’amour du travail fait main.

Je dis souvent à ceux qui m’entourent que j’ai appris le tricot toute seule. Ce qui est vrai, mais pourtant, j’ai comme nous toutes un héritage créatif.

Pour certaines c’est une tante, une grande mère. Pour moi c’est ma mère. Avant de m’avoir, elle avait pris son sac à dos et avait traversé l’Europe, puis était revenue vivre une vie « hors du système » : elle volait à manger dans les vergers, elle fabriquait des bijoux avec des clous de fer à cheval. Elle travaillait le cuir à la main, pour des barrettes.


Par la suite, sa tête est tombée très malade, mais elle a trouvé une forme de thérapie dans les travaux manuels. Que ce soit des vitraux, de la restauration de livres, de la réparation de vêtements, ou des bijoux en perle cristal.

A la maison, les cadeaux c’était des métiers à tisser les perles, des pyrograveurs, du moulage en plâtre et j’en passe. Je fabriquais des vêtements avec des feuilles d’arbre, je montais aux arbres, je fabriquais du jus de fruit avec à peu près n’importe quoi et je voulais inventer la potion magique qui ferait rouiller instantanément le métal. J’ai dessiné au fusain et à l’aquarelle et participé à des concours, appris la poterie, fait 10 ans de danse, monté des chorégraphies, cousu des vêtements, tricoté, crocheté enfant, fait des bijoux, appris la photographie, appris le design graphique, fait de la musique classique et électronique dans un garage entre potes, et bien plus encore. Les seuls « cours officiels que j’ai suivi » c’était la danse, le patronage de couture, la flute traversière 6 mois (je rêvais d’un piano, qui n’était pas dans nos moyens), et la poterie. Le reste a été appris toute seule, souvent avec internet, et ensuite en échangeant avec d’autres passionnés ou en lisant des livres plus spécialisés.

A sa mort, j’ai suivi ses souhaits : j’ai tout donné à Emmaüs et j’ai juste conservé ce qui avait le plus de valeur à ses yeux : ses perles. Ma mère ne possédait rien d’autre, on vivait pauvrement, et quelques mois après son départ, j’ai enfin réalisé qu’elle m’avait laissé l’héritage le plus joli du monde : la créativité. Elle était restée, elle.

Je n’ai jamais choisit un métier artistique à cause de mes origines modestes. Avoir un salaire qui tombe tous les mois était une question de principe, de survie, je n’avais pas d’autre route possible. J’ai quitté la maison à 15 ans et j’ai du être autonome financièrement aussi rapidement, avec l’aide de l’état jusqu’à mes 18 ans, ensuite c’était « débrouilles-toi! ». J’ai choisi le monde des ordinateurs, par timidité et par passion de la « machine ». Mon premier amoureux critiquait mon temps passé à faire de la musique, temps « non productif » pour mon avenir professionnel. Aucune surprise à ce que je l’aie finalement quitté. Il ne pouvait pas comprendre que j’avais besoin de faire ces choses pour moi, de ne pas être juste une unité de production. Je gagnais très bien ma vie, mais la place prise par les activités manuelles me bouffait de plus en plus mon temps libre, jusqu’à avoir un rythme de sur-productivité extrême le week-end pour rentabiliser mon temps « plaisir » (sic !), c’en était limite trop. Mais plus ma passion augmentait, plus mon métier de « jour » me rendait malheureuse. J’étais dans une situation où je détestais mon métier, et où je ne trouvais plus ma place.

Dans ma vie privée, je rencontrais petit à petit quelques personnes qui m’ont inspirée, appris, ou soutenue.
Il y eu d’abord mon éducateur spécialisé, qui était peintre à ses heures perdues, et qui m’amenait avec lui dessiner de vieux villages. Il y a eu l’été où j’ai travaillé à la bibliothèque entre deux années de lycée et où le rayon BD m’a enchantée. Il y a eu une amie, étudiante en mode, qui m’a montré comment comprendre mon premier patron de couture. Un petit ami photographe de métier qui m’a transmis son savoir. Il y a eu les blogs, et surtout celui d’Eolune, que j’appelle parfois ma « marraine » dont les créations m’ont donné envie de faire pareil, puis de bloguer sérieusement. Et tout s’est accéléré rapidement..

Les passe-temps changent, toujours avec la même quantité de passion, et de fil/le en aiguille, on rêve de quitter la vie de bureau pour l’art. On rencontre de plus en plus d’artistes, d’entrepreneurs, qui y arrivent, comme WoolKiss toujours pleine de bonnes idées pour développer sa marque, Caroline et son patron « French Cancan » qui a eu un terrible succès, et on se dit « pourquoi pas moi ? ». J’ai tourné autour du pot pendant plus de 3 ans, sans trouver d’idée. Je me disais que ce n’était qu’un rêve d’enfant, qui ne se réaliserait jamais. Et d’autres jours, je me disais que l’idée finirait bien par arriver. Ce qu’elle a fait.

Et j’ai sauté du pont, sans élastique ou presque.

J’ai quitté le salariat il y a 9 mois. J’ai monté ma marque de patrons de tricot, toute une aventure, une deuxième vie ! J’ai fondé IntheLoop avec Caroline et Bintou, et même si nous ne touchons pas un centime sur ce projet, c’est lui qui m’a projeté dans mon nouveau métier. Pleine de rêves et de confiance en moi. Aujourd’hui, je dois réorganiser un peu mes projets et trouver un compromis financier acceptable entre mon ancienne et ma nouvelle vie. L’aventure patrons ne sera pas rentable avant longtemps, alors j’investis sur le futur ! Et je n’abandonne pas mon rêve d’en faire mon « métier ». La personne qui me soutient le plus, reconnait mes dons, et m’encourage tous les jours, c’est mon homme.

35 ans, et je rejoins enfin ma mère sur un autre point : je n’ai pas envie de revenir dans le système !

Merci maman pour ta créativité de tous les jours.

Partagez vous aussi votre rapport à la créativité, à la transmission du savoir-faire, en témoignant dans cette chronique. Contactez-nous pour proposer vos textes.
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Elise
ElisePartager la connaissance a toujours fait partie de ce qui me motive, m’anime, et ça, depuis les tout débuts d’internet. Plus j’échange, j’apprend et je transmet, plus je me sens épanouie. Et en plus, on rencontre plein de personnes géniales ! Je suis principalement en charge du site, d’un point de vue technique, design et maintenance donc si vous remarquez un bug, pensez à m’en parler ! Mon dada se centre sur la pédagogie autour des arts de la laine, la découverte de nouvelles techniques surprenantes, et la traduction de patrons anglais. J’espère pouvoir rencontrer encore plus de passionné(e)s, apprendre avec vous, et partager ma passion.

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28 commentaires sur "La créativité est ma mère"

  1. Lisa Lisa dit :

    Je te l’ai déjà dit, mais je confirme : merci pour ce magnifique témoignage et bravo pour le chemin parcouru !!

  2. estelle dit :

    Très joli témoignage qui peut donner confiance à d’autres, et montrer qu’il faut laisser le temps rendre les choses possibles.

  3. Rivana dit :

    Vous m’avez émue aux larmes ! ;-)
    Merci pour ce témoignage et bienvenue au hors circuit , au undergroud :-D ça fait plaisir de savoir qu’une personne si spécial habite sur terre .
    Continuez votre chemin et plantez encore de l’inspiration. ;-)

    • Astrakan dit :

      Je ne suis pas étonnée de ce commentaire-là.
      Je n’ai pas retenue mes larmes non plus. A mon avis vous avez un vrai talent de plume aussi.
      Que l’argent ne soit jamais un blocage!
      Gardez vos idées et votre générosité!

      Parce que j’aime juste votre talent!

      Bon vent et bien sûr bon tricot!

  4. Couka dit :

    Magnifique témoignage. Merci et bravo d’avoir aussi vous mettre autant a nous. De dévoiler cette magnifique sensibilité et surtout cet superbe déclaration d’amour maternel.
    Tous mes vœux de réussite pour l’avenir

  5. chamaire dit :

    merci pour ce touchant témoignage

  6. mithe dit :

    Quel témoignage bouleversant !

    Je suis convaincue que la créativité est le cadeau de nos mères.

  7. Emy dit :

    Merci pour ce témoignage très touchant !
    Je te souhaite que ce rêve qui se construit petit à petit deviennent bientôt une pleine réalité.

  8. filochette dit :

    Elise, je trouve cet article magnifique.
    J’admirais déjà beaucoup ton travail avant de connaître ton parcours, maintenant que je le connais je le trouve encore plus admirable.
    Je te souhaite de réussir.

  9. Aléna dit :

    Ton texte est magnifique, je suis émue aux larmes. Cela me donne à réfléchir encore plus sur mon rôle en tant que maman, finalement, qu’est-ce qu’on laisse?

    Je te souhaite d’être heureuse pleinement!

  10. martine dit :

    J ai été touchée par la sincérité et la qualité de ce papier. Je pense avoir l âge qu’aurait votre maman 67 ans.élevée au bon lait de marie claire idées, je continue a bruler d envie de passer a l action, sans le faire. Incapacité ou procrastination?.ce papier va m aider.
    Bisou miss

  11. Bikette dit :

    Ton histoire est très touchante, merci pour ce partage.

  12. Chacoq dit :

    Merci pour ces confidences émouvantes.
    Je vous souhaite de la créativité, encore de la créativité, toujours de la créativité.

  13. Carole L. dit :

    Emouvant témoignage… Merci

  14. Isabelle dit :

    Belle expérience, belle vie. Votre article m’interpelle …moi aussi je tourne autour du pot depuis quelques mois, ne trouvant plus d’intérêt dans un travail qui ne donne que de l’argent, même si j’éprouve de la honte a écrire cela. N’avoir que quelques minutes par jour pour faire 4 rangs de tricot et vous découvrir ! merci !!

    • Elise Elise dit :

      Isabelle je ne pense pas qu’il faille avoir honte, le travail n’est pas marrant, il ne l’a jamais été. L’humain a l’habitude de se dire qu’il doit en « chier » péniblement, qu’il doit se sentir heureux de pouvoir payer ses factures, mais je ne suis pas d’accord ! Il n’y a pas de honte à vouloir aimer ce que l’on est obligé de faire tous les jours pendant plus de 40 ans !

      • Isabelle dit :

        Votre réponse m’ouvre un nouveau champ, ou même « chant » …
        ;-) des réflexions à poursuivre avec l’action et le revirement en perspective et à ne pas oublier !

  15. laurewoolkiss dit :

    Chère Elise,
    Je lis ton témoignage avec beaucoup d’intérêt et là, je découvre avec émotion que j’y suis citée… Cela me touche beaucoup et je te remercie. Si j’ai pu être parmi les nombreuses personnes qui t’ont donné l’impression que tout était possible, j’en suis extrêmement heureuse.
    Ce « rêve de quitter la vie de bureau » a été le mien aussi avant de fonder WoolKiss, et moi non plus je ne croyais pas au fond de moi que c’était possible.
    Tu dis « J’ai tourné autour du pot pendant plus de 3 ans, sans trouver d’idée. Je me disais que ce n’était qu’un rêve d’enfant, qui ne se réaliserait jamais. » Et moi en lisant ça, je n’en reviens pas parce que c’est mot pour mot ce que j’ai fait et pensé… Je ne pense pas qu’on prenne un chemin facile, je ne sais pas comment ça évoluera au final, mais une chose est sûre c’est que quoi qu’il advienne, je sais que jamais je ne regretterai de m’être lancé dans cette belle aventure qui a changé ma vie. Chaque jour en me levant, j’ai l’impression d’être enfin au bon endroit, et c’est ce que je te souhaite aussi pour ton beau projet.
    Bonne chance ! et à très vite :-)
    Laure

  16. Caroline dit :

    Très émouvant témoignage…Moi, je n’ai pas réussi à me défaire de la quantité de laines, tissus et autres perles qu’a laissé ma maman après son décès. Les perles, ce sont mes filles qui les utilisent; le reste, je ne désespère pour l’instant pas de réussir à le transformer en projets / hommages à utiliser dans le quotidien. Et ma place au bureau,…c’est aussi une question que je me pose en ce moment.
    Merci pour ce partage.

  17. pivoine dit :

    Finalement tu retrouves une forme de fidélité à ta mère, à son héritage, qui vous lie toujours,c’est très beau !

  18. annette dit :

    Je suis très émue à la lecture de cet article… Merci pour ce partage, il y a tellement d’amour et de vie dans tout ça…

    • annette dit :

      Et j’ai oublié de le (re)dire : je crois complètement dans ton projet, tu as du talent, de la créativité, tu es très pédagogue… plein d’atouts pour réussir ! Je te l’ai déjà dit : je te verrais bien animer des ateliers sur comment adapter un modèle à sa morphologie – tu saurais bien le faire, ça serait passionnant et s’il y a des ressources en anglais, il n’y a pas tant en français… et puis rien ne remplace l’œil et les conseils de l’expert en vrai. ;) – bon, je suis trop loin de Paris mais si tu faisais un atelier dans la Drôme… ;)

  19. agnesm agnesm dit :

    je suis très émue … merci pour ce partage et bonne route Elise ! allez jusqu’au bout de vos rêves !

  20. annie35 dit :

    Très émue comme toutes, je vous souhaite toute la réussite que vous méritez!

  21. laforet dit :

    je suis touchée par ton histoire. Merci pour cette belle confidence. Continue dans ton élan de vie si riche.
    Tu oses les changements les transformations, c’est ce que j’aimerai aussi, encore aller plus loin dans ce qui t’inspire, dans ce qui t’a construit et te construit.
    Merci Elise pour tout ce que tu partages.
    Je te souhaite de belles créations, et apprend nous à adapter les patrons à nos formes. Ce serai l’occasion de te rencontrer.

  22. Julie dit :

    Moi aussi cet article m’a beaucoup touché. Je sentais déjà votre persévérance et votre force intérieure dans vos articles et témoignages précédents. Vous êtes quelqu’un de courageux et méritez pleinement d’être heureuse dans ce que vous faites. Hold on to your dreams! Affectueusement, Julie

  23. manou dit :

    Beaucoup d’émotion en vous lisant.
    Quand j’étais au lycée, je portais des bijoux faits avec des clous de fer à cheval et des barrettes en cuir. Je sais ce que représentaient ces créations en matière de liberté.
    Celle que vous avez prise en « sautant du pont » est prometteuse, et c’est aussi un hommage terriblement émouvant à celle qui vous a transmis ce que vous avez su saisir et que vous savez nous faire partager.
    Bonne route …

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