Mon chemin vers la couleur

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Je m’appelle Claire, j’ai 38 ans et je vis près de Grenoble.  Dire quand tout a commencé est difficile… j’ai des souvenirs de point de croix pour réaliser un rond de serviette et de ma grand-mère qui tricote en me disant que c’est un peu difficile pour moi. Puis elle me monte les mailles pour une écharpe (qui a disparu). Ma première écharpe toute biscornue trouée. Ce n’est pas moi qui reprends les mailles perdues, je regarde très attentivement mais ça va trop vite. Si tu dois comprendre, tu comprendras.

Surmonter seule les difficultés

Alors de retour dans ma chambre, je monte des mailles moi-même en tournant autour de l’aiguille… pff, pas facile de tricoter avec ça. J’ai quelques restes de pelotes, un crochet, une paire d’aiguilles, rien qu’à moi. Ma mère, elle, fuit tous travaux d’aiguilles. Elle a quand même gardé, depuis l’adolescence, une belle boite à couture dans laquelle je me sers.

Ma grand-mère est née dans les années 20 (du XXème siècle s’entend). Comme toutes les filles de sa génération, elle a eu droit à des cours de couture et divers travaux d’aiguilles.

Elle ne m’a jamais parlé d’une quelconque transmission par sa propre mère, directrice d’école maternelle. Son père est très bricoleur, créatif. Il peint, rénove. Des quatre filles de la famille, elle est celle qui tricotera le plus longtemps. Elle parle aussi d’une robe qu’elle a cousue pour ma mère, dans une toile de parachute américain, juste après la guerre. Elle tricotait pour toute la famille. Je me souviens de cinq pulls irlandais, tout en torsades, qu’elle avait fait pour chacun de nous. Elle faisait un ouvrage après l’autre. A près de 90 ans, elle ne tricote plus et elle s’est arrêtée « tôt », je trouve… dans les années 90.

Broder et coudre

Une de ses sœurs de 2 ans sa cadette a appris à broder avec sa belle mère, elle brode toujours, pour sa famille, ses amis. Ma mère lui offre régulièrement des fils, des supports.  Un jour cette grand-tante est venue m’aider à coudre une robe que je voulais absolument me faire dans mon adolescence. Mais à challenge pas de demi mesure, j’avais choisi un tissu très fluide et elle a diagnostiqué beaucoup de soucis pour la réaliser… mais je l’ai quand même faite ! Pas ma meilleure réalisation. C’est elle qui me donne mon premier kit de broderie autre que du point de croix.

 

Ma mère a tout de même eu un contact avec les fils. Fille unique, c’est sa grand-mère paternelle qui lui apprend certaines choses. Cela ne se fait plus à l’école. Dans les années 70, ma mère a cousu. Je le sais parce que j’avais des chutes de tissus. Mais je ne l’ai jamais vue faire. J’ai été témoin d’un essai de tricot dans les années 80. Une veste Anny Blatt, avec mohair et lurex, épaulettes. Devant un match de Roland Garros, la tension est vive, c’est Noah qui va gagner, il faut choisir entre regarder la balle de match et terminer un rang. Le pull est abandonné. Repris. Fini. Je ne l’ai jamais vu porté, mais elle l’a gardé et le met en hiver, quand elle est seule. Je suis sûre qu’il est beau, elle devrait le porter devant moi !

 

Je me souviens du livre « Ouvrages de petites filles ». Là, je découvre le crochet et la couture. Et l’apprentissage à distance, si on veut. Je fais des robes à mes poupées filiformes. C’est pour moi une activité secrète. Aucune de mes amies ne partage la même démangeaison des doigts. Je crois que ce qui me plaît est l’idée de produire quelque chose. C’est concret, utile. Et cela rejoint l’idée que je me fais des tricoteuses. Elles sont besogneuses et elles travaillent UTILE. Je ne sais pas que l’on peut filer, broder et coudre pour le simple plaisir.

Travailler utile

Je crois que je n’arrête jamais le tricot. Avec ma première indépendance financière, je vais craquer chez Bergère de France. Plus tard, chez Phildar. Les études, le début d’une famille… plus le temps.

Puis vient le temps des blogs (les fondateurs : Ravelry pour le tricot et plus tard le crochet ; Sur un Fil pour la couture ; Facile Cécile pour la magie…). Et un déménagement qui m’ouvre le monde de l’espace.

Un lieu pour créer

  • Espace physique d’abord : j’ai un atelier ! Je peux stocker, laisser en plan, associer longtemps sous mes yeux… et j’apprends.
  • Espace de création, ensuite : un univers bien réel se dévoile. Il y a d’autres mordues et bien pire ! Et ces couleurs !!! Et ces fils…

En 6 ans j’ai appris de manière bien plus fulgurante, grâce au monde anglo saxon qui semble bien décomplexé dans son rapport au fil, bien plus moderne. Puis il y a les rencontres physiques avec ces filles avec qui toute conversation est simple et évidente. Et stimulante !

Ce qui me passionne aujourd’hui (m’obsède ?) c’est toujours ces savoir faire qui font partie de notre patrimoine mondial et certainement génétique. Comme les maths, c’est un langage universel ! Et j’aime aussi les maths… A présent, je tricote, crochète, brode, couds, teinte et file.

Je recherche toujours le côté utile (certainement pour justifier mes activités !) mais la couleur est ma drogue. C’est une colo-thérapie ! Offrir de la couleur au monde. Et c’est l’utilité ultime.

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claitte
Je tire les fils depuis très longtemps mais l'Internet a fait exploser mon univers en direction de toutes sortes d'activités. Tricot d'abord, crochet, broderie, couture et dernièrement... le filage. Suis-je arrivée aux origines ultimes ?

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19 commentaires sur "Mon chemin vers la couleur"

  1. ROUTIER Virginie dit :

    Bonjour,

    Quel bonheur de découvrir que d’autres ont la même passion que moi !! les mêmes souvenirs … et incroyable surtout, j’avais le même livre, j’ai tout de suite reconnu la couverture. le même !!
    J’adore tout cet univers de tricot, couture.

    Virginie
    petite question indiscrète :
    où habites tu ? (dans la région parisienne ?)

    • claitte dit :

      J’ai habité pas mal de temps en banlieue parisienne, mais j’ai la chance d’habiter à présent en Isère, pas trop loin de Grenoble.
      Par contre, je remonte de temps en temps ! Une petite rencontre improvisée à l’occasion ?

  2. Tiphanie dit :

    Beau témoignage…
    Continue de te faire plaisir !

  3. Emmanuelle Emmanuelle dit :

    Incroyable que l’on ressente plus ou moins le besoin d’utilité dans notre activité de loisir. Est – ce qu’un photographe à besoin de se justifier ? Je te souhaite de continuer joyeusement ta colo-thérapie ! La dernière photo avec cette laine multicolore va m’obséder tout le week-end….

  4. ROUTIER Virginie dit :

    Avec grand plaisir, fais moi signe si tu viens à Paris ! je vais au tricot thé de Charenton cet après midi, c’est d’ailleurs comme ça que j’ai connu Elise et le site in the loop….

  5. Nininie dit :

    Ah ce livre! Je l’avais aussi, il avait appartenu à ma mère… Avec on frère, « la cuisine des petites filles ». Tous ces ouvrages! J m souviens d’un poncho au crochet pour ma poupée…

  6. sylviedu13 dit :

    ET le match! Quel match!!!!! Choisir les révisions ou la finale, trop dur! J’ai pris l’option match et on révise après et puis il fait trop chaud pour travailler. Et il y avait aussi le magazine 100 idées ….trop bien, du rêve, de la couleur, des tricots, de la couture et tant d’autres choses….

  7. corine dit :

    tout un bonheur ! travailler de ses mains et créer … toucher la douceur de la laine, s’en mettre plein les yeux de couleurs des tissus, sentir les odeurs du lin, du coton, de la pure laine, … feuilleter de nouveau les vieux »100 idées », retrouver en broc. l’ »Encyclopédie des ouvrages de dames (bibliothèques DMC) » et perpétrer le travail de nos mères et grands mères avec toujours autant d’Amour … amitiés.

  8. Carine dit :

    Hou là là. .. tout pareil pour moi… Le tricot appris avec une grand-tante, l’écharpe à trou-trous, le crochet avec la maîtresse de couture (comme on disait à Genève dans les années 70), les vêtements cousus pour les barbies, 100 idées, les tricots pour mes enfants, et depuis toujours, les activités créatrices autour du fil, en auto-didacte. Salutations à toutes.

  9. Josh dit :

    Bonjour,
    Quelle est cette jolie laine multicolore qui illustre votre article très intéressant ?

    • claitte dit :

      C’est de l’alpaga que j’ai filé et teint avec des colorants alimentaires (les trois petits tubes du rayon pâtisserie). A essayer !

  10. C’est amusant, je me retrouve à beaucoup d’endroits dans ton article … Je crois qu’en fait on est beaucoup comme ça, et que la nouveauté c’est que le Net nous a permis de nous (re)trouver, chose qui était bien difficile avant.

  11. karen dit :

    oh ce livre !!! j’ai encore la 2eme version : « ouvrage de grandes filles » meme couverture, mais verte avec des ados (tricot, crochet, couture perles…)

    tres bel article – merci !

  12. Marie dit :

    une vielle dame passionnée de broderie et crochet avait proposé de m’initier aux travaux d’aiguilles quand j’étais toute jeunedans les années 80, et ma mère a malheureusement refusé!par jalousie sans doute car sans aucune connaissance en travaux d’aiguilles!

    j’ai longtemps eu ce regret en moi mais les quelques points qu’elle m’a fait découvrir en cachette ont évéillé en moi une passion du fil et de l’aiguille que j’ai redécouvert à la quarantaine une fois mes trois enfants plus autonomes!

    autodidacte et accro au net et lectrice de blogs , j’apprends, découvre, expérimente sans cesse!le net m’a permis de rencontrer des passionnées que je ne rencontre pas dans mon environnement!les travaux d’aiguilles sont une sourde de créativité immense et j’adore apprendre toutes les techniques possibles…

    ma fille de 13 ans observe de loin mais celui qui m’a le plus surpris est mon petit dernier de 7 ans!il veut apprendre le crochet et fait des « colliers »en chainette pour sa maman;il a brodé ses initiales au point de croix avec patience et attention!il a tenté le tricot mais c’est trop difficile là!

    les jeunes reviennent aux travaux d’aiguille heureusement car c’est par pure plaisir et loisir et c’est bien ainsi!les plus agées ont du s’y mettre bon gré mal gré et ont tenté d’oublier en ne transmettant pas ce savoir!
    je suis entre ces deux ou trois générations et aime la création et créativité!
    votre témoignage m’a semblé proche de ce que j’ai ressenti en passant le seuil de cet univers!merci de partager votre vécu car c’était quelque part oublié en moi!

  13. clairette dit :

    Bonjour

    je viens de lire ces quelques lignes avec un plaisir intense nous avons le même prénom la même passion par contre je suis plus vieille 51 ans et pas tres loin de Grenoble ,nous sommes un petit groupe et faisons café tricot 2 fois par mois à Voiron,il existe dans ma famille un lourd passé textile et moi c’est ma maman qui était née en 1921,et voulait surtout que nous fassions des etudes nous aurons peut être l’occasion de nous rencontrer bien cordialemen
    Clairette

    • claitte dit :

      Il y a une rencontre ce samedi 16 novembre à Grenoble… à suivre sur le site des greblogueuses pour plus de précision cette semaine (mais les blogs ne sont pas obligatoires dans les faits !). Ce serait une occasion !!!

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