Tissage d’humanité

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Au commencement étaient les fils de toutes les couleurs, un régal pour les yeux accompagné d’une petite musique lancinante et simple, qui invite au rêve et à la contemplation. Ce documentaire découvert par Froufouetcapu juste avant la publication de son article sur la filature Terrade est une mine d’informations et va vous aider à dépasser vos idées préconçues sur le tissage et la tapisserie d’Aubussson. Vous allez découvrir que la tapisserie est tout sauf ringarde !

 

En une heure, ce documentaire est une invitation au voyage, des origines de la laine avec une escale en Creuse  au coeur d’une filature Française , jusqu’aux extravagants tableaux contemporains reproduits ou plutôt réinterprétés en tissage. La tapisserie n’est  pas qu’un art du passé, elle est contemporaine, elle inspire de nombreux artistes et explore même parfois des territoires insoupçonnés.

L’inscription de la tapisserie d’Aubusson au Patrimoine mondial de l’Humanité  par l’UNESCO à redonné un souffle nouveau et permis de sauver un savoir faire français longtemps en péril.

 

Pour permettre aux lecteurs d’In the loop de découvrir ce documentaire, le producteur de 13 Production a accepté de le mettre en ligne sur Vimeo : Entrez le code « intheloop » et vous pourrez le découvrir en intégralité et le revoir autant que vous le souhaitez.

 

Les problématiques du fil, de la couleur, de la matière, et de la recherche perpétuelle entre ces éléments sont communes à tous les arts de la laine et expliqués avec beaucoup de délicatesse et d’attention au détail, en prenant le temps de comprendre le travail de chacun. Des mots presque perdus : cartonnier, licier, coloriste et le fameux métier de basses-lisses nous sont détaillés et expliquées.  Enfin les images sont sublimes, les gros plans nous aident à percevoir les matières, les couleurs et ces couloirs d’écheveaux classés par nuances chez Pinton donnent le tourni. On s’attarde sur des mains expertes aux gestes précis qui jouent de la navette et du peigne tandis que le clac clac du métier de basse lisse rythme l’ensemble.

 

Ce documentaire tisse en filigrane des portraits d’artistes et d’artisans passionnés, dédiés entièrement à leur art et avides de transmettre le savoir acquis pendant toute une vie.  Loin du côté folklorique et de l’image d’Epinal, l’approche est résolument moderne, tournée vers le présent et l’avenir de cette tapisserie plus que vers son passé. 

 

Ainsi on découvre qu’une formation à la tapisserie et à la gestion d’un atelier de tissage à été crée, dans le sillage de la Cité internationale de la tapisserie et de l’art tissé.  Aucun aspect n’est oublié, pas même l’aspect économique de cette activité, seule garantie de sa pérennité.  Quel plaisir de voir des jeunes en baskets parler tapisserie avec les yeux qui brillent!

 

Si ce film vous a plu, interpellé et touché autant que nous, n’hésitez pas à laisser un commentaire sur Viméo ou sur cet article.


Le p’tit guide d’Aubusson

Florence et Isabelle qui ont  beaucoup apprécié l’accueil local et notamment culinaire, vous conseillent ces adresses qui ne concernent qu’Aubusson car c’est là qu’elles logaient pour les repérages et le tournage du film. Mais demandez sur place, on vous orientera certainement vers de très bonnes adresses à Felletin et autour.

RESTAURANTS

LE LION D’OR
11 place Général d’Espagne
23200 Aubusson
Tel : 05 55 66 65 71
Traditionnel, bon rapport qualité prix

LA RIZIÈRE
59 Grande rue
23200 Aubusson
tel : 05 55 83 34 59
Un peu d’exotisme à Aubusson avec un accueil sympathique. Carte chaque jour différente selon les envies de la cuisinière

LA PETITE REINE
47 rue vieille
23200 Aubusson
Tel 05 55 66 27 19
Un couple de breton, fan de vélo, qui font des très bonnes crêpes.

LE BISTROT
Brasserie ambiance nappe à carreaux rouges

 

HOTEL

Villa ADONIS
14av Republique
23200 Aubusson.
Accueil très sympathique et chambres cosy (+ une chambre accessibles pour les personnes à mobilité réduite).

 

Plus d’infos
OFFICE DU TOURISME D’AUBUSSON

3 questions à l’équipe qui a réalisé le documentaire Karine Bonjour, Florence Maunier et Isabelle Ros

  • Avez-vous personnellement une pratique ou une connaissance des arts de la laine qui vous à incité à écrire sur ce sujet ?

KB : « J’ai une solide expérience du tricotin, mais très ancienne hélas! Des kilomètres de « tuyaux » de laine parfaitement inutilisables, en dehors des napperons en spirale qui ont vite lassé mon entourage. J’ai tout de même réussi à en vendre quelques uns et dans des couleurs … je ne vous dis que ça! A ma décharge, ça se passait à la fin des années 70… Je me souviens aussi d’un revival du tricot lorsque j’étais au collège. On tricotait assises par terre dans les couloirs. Là, c’était plutôt des kilomètres d’écharpes au point mousse! On s’était calmées sur les couleurs à ce moment-là (début 80′s), mais on était à fond sur les matières qui grattent! Genre beigeasse avec des morceaux de paille au milieu! Il faut dire qu’à cette époque, on voulait toutes être bergères… Plus sérieusement, je suis d’une génération où ma mère et ma grand-mère m’ont transmis quelques compétences en « travaux d’aiguilles » (on dit encore ça aujourd’hui?). Je sais coudre, repriser des chaussettes, tricoter, crocheter et j’ai adoré le canevas jusqu’à une certaine limite. J’étais plus physique que manuelle, un peu garçon manqué, quoi… Moi, je n’ai rien transmis à mes enfants, en dehors d’un peu de canevas quand ma fille était petite. Mais j’en ai eu assez de terminer l’ouvrage à sa place. Et puis récemment, mon fils de 17 ans m’a demandé de lui apprendre à coudre. Je n’en revenais pas! Mais c’est la solution qu’il a trouvée pour que je ne jette pas ses pantalons déchirés quand il me les donne pour que je les recouse… Et même, pour son cours d’Arts plastiques, il s’est entièrement confectionné un costume de loup en tissu à poils gris! Je crois que, de fil en aiguille… »

IR: « Moi, ma tante tenait un magasin de laine, haut en couleurs. Les étagères de fils chez Pinton ont fait resurgir les sensations de douceur et de chaleur que j’adorais dans sa boutique. Et puis la laine, c’est un super prétexte pour papoter. Combien de temps une amatrice de travaux d’aiguille passe-t-elle à discuter laine ou fil avant d’en acheter une pelote?! Quant à la tapisserie d’Aubusson, ma grand-mère en possédait une. Une reproduction de verdure très classique pour laquelle elle avait dû se ruiner et accepter un paiement étalé! C’était très couru, à l’époque. »

  • Le documentaire est résolument tourné vers l’avenir et le renouveau de la tapisserie, mais pourtant les clichés ont la vie dure, que faire pour changer le regard des gens sur cet art ?

IR : « Faire confiance aux jeunes! Ils vont s’y mettre. Regardez, à Aubusson, ces jeunes qui changent radicalement de parcours professionnel pour se tourner vers la tapisserie. C’est dire qu’ils sont motivés! »

FM : « Ils veulent y injecter de la modernité, ils parlent de manga, de pixels. Ils adorent le travail d’un Nicolas Buffe, 1er lauréat du prix international décerné par la Cité de la tapisserie. Les jeunes architectes, décorateurs d’intérieur, futurs bâtisseurs viennent vers la Tapisserie, d’abord parce qu’on les y invite (comme on le voit dans le film), ensuite parce qu’une fois qu’ils y ont goûté, ils voient bien qu’il y a un fort potentiel autour de cet art. »

KB : « Et puis, il faut croiser les pratiques, les arts, les modes d’expression. Cet apprenti licier qui envisage de travailler sur la pixelisation assume complètement sa « formation » par les jeux vidéo et il a raison! Elle lui a donné une culture graphique très contemporaine qui ne s’exprime pas encore dans le milieu de la Tapisserie. Il va donc pouvoir s’en charger. L’intelligence des formateurs qui sont en face de lui, c’est de le laisser partir dans cette direction, de ne pas se comporter comme des vieux de la vieille, agrippés à des représentations archaïques. Ensemble, et aussi par la rencontre avec d’autres arts (peut-être la musique, l’architecture, la calligraphie, …), ils vont faire évoluer la Tapisserie. N’oublions pas que c’est un art en trois dimensions; ce qui la rend extrêmement attractive pour des jeunes qui ont grandi avec les images 3D. Une autre bonne façon de changer le regard, c’est de naviguer In The Loop! »

  • Vous nous avez donné envie d’aller visiter la Creuse, avez-vous d’autres bonnes adresses qui ne seraient pas dans le documentaire  ?

« Pour ce qui concerne la Tapisserie, il existe beaucoup de galeries et boutiques (notamment dans les manufactures elles-mêmes) qui sont bien répertoriées à l’Office du Tourisme d’Aubusson. Si vous avez des enfants (ou si vous en avez envie pour vous-même), le même office du tourisme et certaines manufactures organisent des ateliers et des stages de pratique de la basse-lice. Et puis, amusez vous à visiter Aubusson et Felletin en allant de tapisserie en tapisserie, d’oeuvre en oeuvre. Ce sont des musées grand format, où vous croiserez des verdures médiévales dans des châteaux ou maisons de maîtres, mais aussi des Garouste ou des Di Rosa à la Mairie, au Théâtre, … Et puis la Creuse est une région sublime, très verte, une véritable carte postale! Nous avons tourné au printemps qui est certainement, avec le début de l’automne, le moment idéal pour se perdre sur les petites routes sinueuses du Limousin, s’arrêter sur la place d’une bourgade pour un café (la place centrale de Felletin semble tout droit sortie d’un film des années 60!), déguster les productions locales sur un marché du dimanche et surtout pousser la porte des ateliers, des filatures, des artistes et artisans qui ne demandent qu’à partager et transmettre ce patrimoine qu’ils ont sauvé pour nous et cette créativité dont ils débordent.

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Caroline
CarolineJ’ai appris seule à tricoter, avec un livre et j’ai longtemps tricoté « tout à l’envers » sans m’en rendre compte (depuis je me suis rééduquée !) Puis il m’a semblé essentiel de montrer mon travail et de le partager au travers de mon blog. Cette expérience d’un univers bienveillant et plein d’entraide avec des lecteurs toujours enthousiastes m’a apporté beaucoup de confiance. Ces derniers temps les rencontres avec d’autres passionnées m’ont données l’envie de créer une véritable communauté. J’aime particulièrement collectionner les laines venues du monde entier dans des matières nobles teintes par des dyers indépendants. Je crée des patrons, et je teint des laines. Je suis une touche à tout, curieuse et éclectique. J’espère continuer à apprendre et à découvrir grâce à vos contributions.

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13 commentaires sur "Tissage d’humanité"

  1. calinea87 dit :

    J’avais vu ce reportage sur les derniers jours de diffusion. Merci de nous permettre de le voir et le revoir.
    Parmi les adresses données, je confirme La Petite Reine est un délice.
    Aline

  2. Meya dit :

    Quant à moi, je risque de faire un peu la rabat-joie, mais la vidéo n’est pas sous-titrée pour les sourds et malentendants dont je fais partie.
    Du coup, je ne peux pas découvrir ce documentaire qui a l’air très intéressant… Quelqu’un pourrait-il en faire une retranscription ? (pweaaase ?)

  3. cléonis dit :

    Un vrai bonheur ce reportage, je l’ai vu aussi juste avant la fin de sa diffusion, ah ! on sort de là toute ragaillardie, gonflée à bloc, c’est beau un tel savoir-faire et ouuuuhhh que ne donnerai-je pas pour passer quelques heures dans ce stock de laine aux couleurs si incroyables……..
    Merci d’en parler, de permettre de le revoir et aussi pour l’interview, z’êtes trop fortes les filles ;-) !

  4. Sophidici dit :

    Ouh ça fait du bien ! je l’ai regardé en rentrant du boulot.. un vrai bonheur ! merci :)

  5. Lucie dit :

    Il est vraiment beau ce reportage et très intéressant. Merci de le partager avec nous !

  6. cathe dit :

    Superbe reportage ! Cela me donne envie d’aller à Aubusson :-)

  7. Merci! Je n’avais pas pu le voir avant, et je suis ravie de l’avoir visionné. Cela donne envie d’apprendre la tapisserie!! En plus, j’adore la tapisserie de la fin qui est pleine d’humour.

  8. Natalyon dit :

    Merci beaucoup de nous faire profiter de ce reportage :-)

  9. Black & Ouate dit :

    Géniale la version de la Dame à la Licorne!! Je me demande si l’artiste a conservé les symboles alchimiques dans sa version « contemporaine »…
    Merci beaucoup pour ce reportage, j’étais loin d’imaginer ce qu’on pouvait faire en tapisserie!
    KeïKo

  10. b.pascaline dit :

    après avoir vu le reportage.je viends de passer a aubusson.et la déception..pourtant nous sommes resté 3 jours,ok fin juin.
    sauf que fin juin c est très difficile de visiter quelque chose….
    merci pour le documentaire.
    je suis vraiment ravie d avoir pu sejournée en creuse,car c est une région superbe avec des gens charmants.
    donc la creuse oui ,mais pas fin juin.

  11. Agnès dit :

    Oh, 1000 mercis ! Pas la télé, j’étais passée à côté de ce petit bijou qui fait briller les yeux. Mon grand-père était tisserand. Demain je l’appelle pour savoir ce que sont les deux métiers qui pourrissent dans le grenier de mon grand-oncle.

  12. pssttt dit :

    Merci beaucoup de nous offrir ce passionnant reportage !… il serait intéressant de le laisser en libre accés permanent, cela aiderait à faire connaitre au plus grand nombre cet art qui refuse (à raison) de se laisser couler dans l’oubli…

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