Du mouton à la pelote

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Le 29 juin sur Ravelry commencera le tour de Fleece. Oui, vous avez bien lu, tour de fleece.
Ça vous rappelle un certain événement à haut caractère vélocipédique se déroulant en France et en faisant le tour ? C’est normal, c’est une référence directe. Sauf qu’au lieu de pédaler sur la route, on va pédaler sur le rouet et faire tourner les fuseaux !
Hé oui, vous l’aurez deviné (ou pas), le tour de fleece est un événement de filage (fleece désignant la fibre en anglais), se déroulant depuis 2006 (déjà!), et poursuivi depuis lors sur Ravelry, fidèlement, chaque année. Le groupe compte à ce jour près de 6000 membres, pas mal, non ?
Pour mieux comprendre, on pourrait comparer ça aux jeux olympiques du tricot, une façon de filer ensemble, sans recherche de compétition particulière, bien au contraire, l’évènement étant l’occasion de se motiver tous ensemble et chacun à son rythme!

Cette (longue) introduction pour vous parler aujourd’hui de cette étape essentielle entre le mouton et votre tricot fait main : le filage. Car, non, au risque de vous décevoir, la pelote de laine ne pousse pas directement sur le dos du mouton. Je vous parle du mouton, mais cela vaut en fait pour toutes les fibres naturelles : mouton, chèvre, lapin, mais aussi soie du ver à soie, et chanvre, lin, coton, etc. Bref, toute la panoplie de nos fibres bien aimées (pour les fibres synthétiques ou artificielles, j’avoue ne pas maîtriser le sujet suffisamment pour en parler, nous mettrons donc ce sujet de côté).

Le filage, késako ? C’est transformer une fibre (plus ou moins préparée, teinte ou non) en un fil (à tricoter, à crocheter, à tisser, …).
En première approche, cela consiste à, simultanément, étirer la fibre et lui imprimer une torsion. Pour expliquer, rien de tel que quelques images.

Prenons de la fibre – de mouton, ce sera plus simple – et étirons-la :

(lien vers la vidéo en cas de soucis)
la fibre, comme de bien entendu, se sépare en deux.

Maintenant, étirons la fibre MAIS en ajoutant une torsion :

(lien vers la vidéo en cas de soucis)
ooooh !! aaaaah !! la fibre ne se sépare plus ! Ça y est, vous avez filé.

Comme c’est un peu long et pas bien pratique de filer comme ça, deux types d’instruments sont traditionnellement utilisés pour le filage artisanal : le fuseau et le rouet.

laine en cours de filagehiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
fuseau à gauche, rouet à droite

Ces deux outils ont le même double objectif : tirer (phase « étirer la fibre ») et tourner (phase « torsion de la fibre ») ; le fuseau assure cela par son poids et par la rotation que le fileur lui donne à la main ; le rouet, lui, c’est par un jeu de pédales, de roue et de courroie d’entraînement, qu’il assure son double rôle.
Le fuseau est donc plus « primaire » et plus évident, le rouet, par contre, est plus rapide. Les deux demandent un peu d’entraînement et d’habitude pour comprendre le truc et encore plus d’entraînement et d’usage pour filer un fil à votre convenance.

Bien. Ça, c’était le niveau de base. Car rien n’étant simple en ce bas monde, on attaque un deuxième niveau : le retors. En effet, bien souvent on ne se contente pas d’un seul fil (ou fil célibataire ou single ply en anglais), on va tordre deux fils ou plus ensemble. Pourquoi donc ? Parce qu’un fil simple, de par la torsion qu’on lui a donné est, tout naturellement, tordu. Vous pouvez faire l’expérience chez vous, avec n’importe quel fil, que vous tordez, quand vous relâchez le fil (sans lâcher les extrémités), zoup, ça fait un bien joli enroulement.

zoup...

Le retors, ça consiste justement à tirer parti de ce bien joli enroulement, en annulant la torsion d’un fil grâce à la torsion de l’autre…

...et pas zoup

… et en obtenant ainsi une laine « équilibrée ».
A noter que la façon dont on va retordre la laine va jouer énormément sur sa souplesse, sa « nervosité » et son comportement une fois tricotée (par exemple, la laine retordue ci-dessus est particulièrement « molle », il n’y a plus aucune torsion dedans). On peut d’ailleurs se baser sur la nervosité d’un fil célibataire, c’est-à-dire non retordu, pour obtenir des effets particuliers dans son tricot. On peut donc, pour les plus fainéant(e)s ou les plus pressé(e)s, se passer de retors (mais gare à la régularité et à la bonne torsion!). On peut aussi retordre plus de 2 fils ensemble (l’image ci-dessus est d’ailleurs celle d’un retors à 3 brins appelé navajo). Bref, beaucoup de possibilités dans le domaine du retors.

Dernière chose (pour aujourd’hui) : en plus des différentes méthodes et principes de retors, il existe aussi de multiples types de fibres, ainsi que de nombreux modèles de fuseaux et de rouets, sans parler des réglages possibles sur les rouets. En combinant toutes ces variantes, autant vous dire que le monde du filage offre des perspectives, si ce n’est infinies, en tout cas colossales pour qui veut partir à l’aventure !

Si ça vous intéresse, de nombreuses ressources sont disponibles sur internet, via youtube, et bien sûr ravelry. Et pour les chanceu(x)ses qui viendront au festival le Lot et la laine, il y aura même des cours ! Et très certainement des démonstrations et regroupement de filage improvisé…

Crédit photo une: Montage, photos originales par Luis Miguel Bugallo Sánchez (Lmbuga) via wikimedia commons et elisala

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Elisala
ElisalaAprès avoir appris le tricot en classe de CE2 (mais oui!), l'avoir péniblement entretenu pendant des années en tricotant pulls après pulls, je découvre dans les années 2000 le monde merveilleux du tricot sur internet – et là, c'est la révélation... des patrons inventifs, des techniques improbables, des laines à se damner, ajoutez quelques louches de ravelry et de cafés tricot et me voilà définitivement accro. Mes dernières obsessions : le filage et la teinture, sans parler du tissage qui me fait également de l'oeil... il me manque quelques heures supplémentaires dans la journée pour m'occuper de tout ça, je l'avoue.

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7 commentaires sur "Du mouton à la pelote"

  1. olivia_via dit :

    Des révélations à faire sur le dopage dans ce Tour de Fleece ?

    • Elisala Elisala dit :

      on est tous dopés aux vapeurs de laine! attention, c’est trèèès addictif, mais pas dangereux pour la santé pour un sou… au contraire, dirais-je même…

  2. Isabelle dit :

    Des explications claires et instructives pour moi qui ne connaîs rien au filage, merci !

  3. Senlis dit :

    Je suis inscrite au cours de filage débutant du Lot et Laine, et j’en piaffe d’impatience au vu de cette présentation tonique et pédagogique!
    Merci!

  4. annette dit :

    Alors là, merci beaucoup beaucoup ! Je n’avais jamais rien compris à ces histoires de filage, retors… et là, tout est clair, j’ai enfin compris comment ça marche ! Du coup, la laine lopi filée et non retordue, je sais enfin à quoi ça correspond, alors que ça fait trois ans que je me dis « c’est une laine à qui on fait un truc mais pas un autre truc, mais qu’est-ce que ça peut bien être ? »
    Encore merci !

  5. Vaallos dit :

    Depuis longtemps je veux surfer sur la fabrication de la laine, et tu expliques tout ça très bien. Merci, c’est passionnant !

  6. [...] Il y a aussi un article chez Mam’zelle Flo qui m’a beaucoup aidé (clic ici) et qui permet de répondre aux principales questions que l’on se pose en débutant (quel fuseau? quelles fibres? comment faire? etc…). et bien sûr un article sur l’incontournable webzine des arts de la laine In The Loop (clic ici). [...]

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